Dans les discussions sur le jeu et la spéculation en islam, deux termes reviennent souvent : al-maisir et al-qimar. Sont-ils synonymes ou désignent-ils des réalités différentes ?
Les juristes musulmans n’ont pas tous répondu de la même manière. Trois grandes positions existent dans la jurisprudence islamique.
L’opinion majoritaire : al-maisir et al-qimar désignent la même chose
La grande majorité des savants considère que al-maisir et al-qimar sont deux termes pour une seule et même réalité juridique.
Selon cette approche, toute activité dans laquelle une personne gagne au détriment d’une autre par le hasard, le pari ou le risque spéculatif est à la fois maisir et qimar. Il n’existe pas de distinction juridique entre les deux.
Les savants qui défendent cette position expliquent que :
- Les deux termes sont utilisés dans la langue arabe pour décrire le jeu de hasard.
- Le Coran interdit al-maisir sans établir de catégorie distincte appelée qimâr.
- La Sharia n’a pas introduit de définition technique séparant les deux notions.
Autrement dit, al-maisir et al-qimâr sont juridiquement équivalents. Toute forme de jeu d’argent ou de pari entre donc directement dans l’interdiction coranique.
Cette position est la plus répandue et la plus claire sur le plan juridique.
La deuxième opinion : al-maisir est plus large que al-qimar
Certains savants ont estimé que al-maisir est une notion plus large que al-qimâr.
Selon cette vision :
- Al-qimar désigne spécifiquement le jeu impliquant de l’argent ou un enjeu matériel.
- Al-maisir inclut le qimâr, mais aussi d’autres formes de divertissements et de jeux qui détournent de l’adoration, créent de l’hostilité ou font perdre le temps, même sans enjeu financier.
Ils s’appuient sur le verset où Allah décrit al-maisir comme une cause de haine, de discorde et d’éloignement du rappel d’Allah et de la prière.
Ainsi, dans cette approche :
- Tout qimar est du maisir.
- Mais tout maisir n’est pas forcément du qimâr.
On distingue alors entre maisir al-qimar (jeu avec enjeu) et maisir al-lahw (divertissements excessifs).
La troisième opinion : al-qimar est plus large que al-maisir
Une troisième opinion, plus minoritaire, considère que al-maisir désignait à l’origine une pratique précise de l’époque préislamique, liée au tirage au sort à l’aide de flèches pour se partager la viande de chameau.
Selon cette lecture :
- Al-maisir serait un cas particulier historique.
- Al-qimâr engloberait toutes les formes de paris et de jeux d’argent.
Le raisonnement est que la Sharia a interdit al-maisir en raison de sa réalité profonde, et que cette interdiction s’étend par analogie à toutes les formes modernes de qimâr, même si elles diffèrent dans la forme.
Ce qu’il faut retenir
Malgré ces divergences terminologiques, un point fait consensus :
tout jeu ou mécanisme où le gain de l’un repose sur la perte de l’autre, sans création réelle de valeur, est interdit en islam.
Que l’on parle de maisir, de qimar, ou des deux à la fois, la logique juridique reste la même :
la Sharia interdit les pratiques fondées sur le hasard, le pari et la prédation économique.
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