Dans la tradition islamique, le mot shirkah désigne un partenariat. C’est un cadre dans lequel deux personnes ou plus coopèrent pour atteindre un objectif économique, que ce soit à travers un apport en capital, un effort physique ou une réputation. Le mot sharika vient du mot arabe signifiant le mélange de deux biens d’une manière telle qu’on ne peut plus les distinguer. C’est cette idée de mise en commun qui a donné naissance au concept juridique de la shirkah.
Les savants classiques ont divisé la shirkah en deux grandes catégories:
- La première s’appelle shirkatul milk. Le partenariat se forme automatiquement, sans qu’il y ait besoin d’un contrat ou d’une action volontaire de la part des parties. Par exemple, deux héritiers possèdent ensemble une maison sans vouloir en faire une activité commerciale. Aucun contrat n’est signé. Il s’agit juste de partager un bien.
- La deuxième s’appelle shirkatul uqud. Cest un type de partenariat fondé sur un contrat entre les parties. C’est la forme la plus utilisée dans les échanges commerciaux. On peut la traduire par « partenariat contractuel » ou « entreprise commerciale conjointe ».
Parmi les formes classiques de shirkatul uqud, quatre sont connues et étudiées dans les livres de fiqh. Deux impliquent un apport de capital. Deux autres fonctionnent sans capital.
La shirkat ul inan
C’est la forme la plus répandue et la plus souple. Deux personnes ou plus mettent une partie de leur argent en commun pour exercer une activité économique, comme acheter et vendre ensemble. Ils gardent le contrôle du reste de leurs biens personnels.
Il n’est pas nécessaire que les partenaires apportent des montants égaux, ni qu’ils participent tous à la gestion. Ils peuvent convenir librement de la manière de partager les profits. En revanche, si la société subit une perte, celle-ci doit être répartie selon la proportion du capital investi. C’est un principe fondamental de la finance islamique. Le profit dépend de l’accord. La perte dépend du capital.
Chaque associé est responsable uniquement de ses propres décisions. Si l’un d’eux prend un engagement sans consulter l’autre, celui-ci n’est pas automatiquement concerné. Ce modèle est accepté par toutes les écoles classiques et sert aujourd’hui de fondement aux modèles de musharakah utilisés dans les banques islamiques.
La sharikatul mufawada
Ce type de partenariat est plus rigide. Il repose sur l’égalité absolue entre les partenaires. Ils doivent investir exactement la même somme, avoir les mêmes droits de gestion, appartenir au même statut juridique et avoir la même capacité d’action.
Ce qui rend cette forme particulière, c’est que chaque partenaire devient wakil (mandataire) et kafil (garant) de l’autre. Si l’un signe un contrat, l’autre est automatiquement engagé, même s’il n’a pas été consulté. Toute décision lie les deux.
Ce modèle a été développé par l’école hanafite, mais beaucoup d’autres l’ont rejeté. Ils estiment qu’il crée trop d’incertitude et de risques. Un partenaire pourrait se retrouver obligé de rembourser une dette contractée par l’autre sans en avoir été informé. L’imam Shafi‘i aurait même dit : si cette forme n’est pas invalide, alors je ne vois rien de pire.
Aujourd’hui, ce modèle est presque inexistant dans la pratique. Dès que l’égalité stricte n’est pas respectée, le contrat est automatiquement requalifié en sharikatul inan.
La sharikatul wujuh
Dans ce modèle, les associés n’apportent ni argent ni biens. Leur seul capital est leur réputation. Grâce à leur crédibilité, ils achètent à crédit, puis revendent au comptant. Le bénéfice réalisé est ensuite partagé entre eux.
Cette forme a été acceptée par certains savants classiques, car elle repose sur l’idée du mandat croisé. Mais d’autres l’ont rejetée. Ils estiment qu’elle comporte trop de gharar, car il n’y a ni capital réel ni travail défini. Le profit vient d’un levier moral, pas d’un effort concret.
Dans le monde de la finance islamique moderne, cette structure n’est pas utilisée. Elle ne répond pas aux exigences de transparence et de traçabilité exigées par les institutions.
La sharikatul amaal
Ici, les partenaires n’apportent pas de capital mais mettent en commun leurs efforts. Ils travaillent ensemble et se partagent les revenus générés. C’est le cas, par exemple, de deux artisans qui collaborent sur un chantier ou deux livreurs qui prennent des missions ensemble.
Cette forme de shirkah a été pratiquée dans les sociétés traditionnelles. Elle est reconnue par plusieurs écoles, avec certaines conditions. Les associés doivent avoir le même métier ou des activités complémentaires, et s’entendre dès le début sur la manière de répartir les gains en fonction du travail fourni.
D’autres savants la rejettent, car ils estiment que le travail est difficile à mesurer. Si l’un travaille beaucoup plus que l’autre, un partage égal des bénéfices pourrait créer une injustice.
Aujourd’hui, ce type d’association existe encore dans des contextes informels, notamment dans les petits ateliers ou les services à la demande. Mais il ne figure pas dans les modèles financiers structurés utilisés par les banques ou les institutions.

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