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La finance repensée pour les musulmans de France

Qu’est-ce que le riba ?

Définition :
En arabe, riba signifie littéralement « augmentation » ou « surplus ». Mais en droit islamique, ce terme désigne généralement l’intérêt perçu dans les transactions financières. Cela inclut deux formes principales : riba al-fadl et riba al-nasi’ah.


Les deux types de riba

  • Riba al-Fadl :
    Cela concerne l’échange inégal de deux biens de même nature. Par exemple : échanger 1 kg de blé contre 2 kg de blé. Même si cela peut sembler anodin, ce surplus est interdit en Islam lorsqu’il n’y a pas d’égalité dans la quantité et que l’échange ne se fait pas immédiatement.
  • Riba al-Nasi’ah :
    C’est le plus courant aujourd’hui. Il s’agit d’un surplus exigé en contrepartie d’un délai de paiement. Exemple : prêter 1 000 € avec l’obligation de rembourser 1 050 € après un an. Ce supplément est considéré comme riba et donc interdit.

Ce qui n’est pas riba (mais peut prêter à confusion)

Certains concepts financiers ne sont pas nécessairement du riba, bien qu’ils puissent y ressembler. Par exemple :

  • Les formules « acheter maintenant, payer plus tard »
  • Les frais administratifs fixes
  • Le financement d’actifs (leasing)
  • Le financement basé sur les bons de commande

Ces opérations peuvent être licites si elles sont bien structurées selon les principes de la finance islamique. D’autres articles détailleront ces cas.


Riba et profit : quelle différence ?

Un prêt avec intérêt (par exemple prêter 100 € pour récupérer 110 €) n’est pas équivalent à un achat-revente avec marge (acheter un bien 100 € et le revendre 110 €). Dans le second cas, il y a prise de risque réelle, ce qui justifie le profit.

Les banques islamiques, par exemple, utilisent des contrats comme la moudaraba ou la moucharaka pour financer un bien. Elles deviennent ainsi copropriétaires d’un actif et partagent le risque avec le client, contrairement aux banques conventionnelles qui exigent un intérêt fixe quel que soit le résultat.


Exemples historiques

Dans la Grèce antique ou la Rome impériale, les taux d’intérêt atteignaient 12 % par an. En Angleterre, des lois contre l’usure ont été adoptées dès le Moyen Âge. Mais depuis le XVIIe siècle, les prêts à intérêt sont devenus la norme dans les économies modernes.


Textes islamiques sur le riba

  • Dans le Coran :

« Ô les croyants ! Craignez Allah, et renoncez au reste de l’intérêt, si vous êtes croyants. » (Sourate 2, verset 278)
« Et si vous ne le faites pas, alors soyez informés d’une guerre de la part d’Allah et de Son Messager. » (Sourate 2, verset 279)

  • Dans la Sunna :
    Le Prophète ﷺ a dit : « Le maudit est celui qui prend l’intérêt, celui qui le donne, celui qui l’enregistre, et les deux témoins de la transaction. Ils sont tous coupables. » [Muslim]
    Et il a aussi dit : « Un temps viendra où chacun sera touché par le riba, même s’il ne le souhaite pas. » [Ahmad]

Pourquoi le riba est-il interdit ?

Deux grandes approches existent parmi les savants :

  • Sans raison apparente :
    Certains savants comme Izz Ibn Abd al-Salam ou l’imam al-Ghazali estiment que l’interdiction du riba est un ordre divin à respecter même si on n’en comprend pas totalement la sagesse. Cela fait partie des lois considérées comme des actes d’adoration.
  • Avec raisons économiques et sociales :
    D’autres savants ont tenté d’expliquer cette interdiction :
    → Le riba favorise l’instabilité économique et l’inflation.
    → Il crée des inégalités : les riches prêtent et s’enrichissent, les pauvres s’endettent.
    → Il transforme l’argent en marchandise, ce qui pervertit sa fonction.
    → Il peut provoquer une perte de solidarité dans la société.

Islam interdit-il les taux élevés uniquement (usure) ?

Non. En Islam, il n’y a pas de distinction entre un petit intérêt et une usure excessive : tout riba est haram, peu importe le montant ou la situation financière de l’emprunteur.

Même si aujourd’hui certains trouvent normal de payer un petit taux d’intérêt, cela ne change rien à l’interdiction. Comme le dit l’imam al-Qarafi : une règle établie pour protéger les gens reste valable même si certains ne ressentent plus le besoin de protection.


Conclusion

Le riba est strictement interdit en Islam, que ce soit sous forme d’intérêt bancaire, d’usure ou dans des formes plus modernes comme certains placements ou prêts entre particuliers. L’objectif est de protéger la justice économique, l’équité et de garantir des transactions éthiques et équilibrées.

Traduit d’un article en anglais rédigé par Mufti Billal Omarjee.









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