Israël est devenu le premier pays au monde à reconnaître officiellement le Somaliland, région séparatiste de la Somalie, ouvrant ainsi un nouveau partenariat stratégique sur la côte de la mer Rouge. Cette reconnaissance confère à Israël un allié potentiel situé à proximité de l’un des couloirs maritimes les plus sensibles du commerce mondial.
L’annonce a été faite vendredi par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à quelques semaines d’entretiens prévus le 29 décembre avec le président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride. Ces discussions doivent porter à la fois sur le fragile cessez-le-feu à Gaza et sur les efforts plus larges de stabilisation du Moyen-Orient.
Selon le bureau du Premier ministre israélien, Netanyahu et le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, ont signé un pacte conjoint de reconnaissance mutuelle. Le communiqué décrit le Somaliland comme un « État indépendant et souverain » et indique que son président a été invité à effectuer une visite officielle en Israël. Le texte précise que cette initiative s’inscrit « dans l’esprit des accords d’Abraham », en référence aux normalisations diplomatiques conclues en 2020 entre Israël et plusieurs pays arabes sous la première administration Trump.
Donald Trump a exprimé à plusieurs reprises son souhait d’élargir ces accords, mais l’adhésion de l’Arabie saoudite, considérée comme l’objectif diplomatique majeur, reste bloquée. Riyad conditionne toute normalisation à la fin de la guerre à Gaza et à des avancées concrètes vers la création d’un État palestinien.
Dans un message publié sur la plateforme X, le président du Somaliland a affirmé que son territoire avait l’intention ferme d’adhérer aux accords d’Abraham. Il a qualifié la reconnaissance israélienne de tournant historique dans la quête de légitimité internationale et de reconnaissance étatique du Somaliland.
Somalie, qui considère le Somaliland comme une partie intégrante de son territoire, a rejeté cet accord, le qualifiant d’illégal et d’« atteinte délibérée à sa souveraineté ». Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a également critiqué l’initiative, estimant qu’elle portait atteinte aux principes fondamentaux de l’Union africaine relatifs à l’unité et à l’intégrité territoriale des États, et qu’elle risquait de créer un précédent dangereux pour la stabilité du continent.
Donald Trump a pour sa part indiqué que les États-Unis n’avaient pas l’intention de suivre immédiatement la démarche israélienne, déclarant qu’il devait encore « étudier » la proposition avancée par Netanyahu. L’Arabie saoudite a dénoncé la reconnaissance du Somaliland comme un « mouvement sécessionniste unilatéral violant le droit international », selon un communiqué de l’agence de presse officielle saoudienne. Turquie a adopté une position similaire, son ministère des Affaires étrangères qualifiant la décision israélienne de nouvelle illustration des actions « illégales » du gouvernement Netanyahu, susceptibles d’alimenter l’instabilité régionale et mondiale.
Majoritairement musulman, le Somaliland a proclamé son indépendance en 1991, à la suite de l’effondrement de l’État somalien, mais n’a jamais obtenu de reconnaissance internationale formelle. Les États-Unis reconnaissent de facto son administration sans lui accorder un statut étatique officiel. Plusieurs pays disposent toutefois de bureaux de représentation dans la région, qui borde Djibouti et l’Éthiopie et fait face au Yémen de l’autre côté du golfe d’Aden.
Alors que la Somalie a été marquée par trois décennies de guerre civile et par une insurrection islamiste persistante, le Somaliland est resté relativement stable et pacifique. Dans son communiqué, Netanyahu a salué le rôle du Somaliland dans la lutte contre le terrorisme et la promotion de la stabilité régionale, ajoutant que l’agence de renseignement israélienne Mossad avait participé au développement des relations bilatérales.
La guerre à Gaza, qui dure depuis deux ans, a par ailleurs ouvert plusieurs autres fronts impliquant Israël, l’Iran et des groupes armés alliés à Téhéran, notamment les rebelles houthis basés au Yémen. Dans ce contexte, le Somaliland pourrait offrir à Israël une base stratégique potentielle face aux Houthis, actifs dans la région.
Des analystes soulignent l’importance géographique du territoire. Situé sur le golfe d’Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, le Somaliland contrôle un point de passage crucial pour le commerce et l’énergie mondiaux. Face à lui, les Houthis soutenus par l’Iran ont multiplié les attaques contre Israël et contre la navigation commerciale. Selon certains experts, le Somaliland pourrait offrir à Israël un accès portuaire, des capacités de renseignement et une plateforme non alignée sur l’Iran en mer Rouge.







Laisser un commentaire