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Tanzanie et Côte d’Ivoire : le prix du contrôle

Les élections présidentielles d’octobre 2025 en Tanzanie et en Côte d’Ivoire ont confirmé une même réalité : la stabilité économique peut servir de paravent à la fermeture politique.

Les deux pays affichaient des indicateurs enviables : croissance soutenue, inflation modérée, dette maîtrisée. En Tanzanie, la présidente Samia Suluhu Hassan se présentait comme le visage d’une continuité apaisée ; en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara défendait son « expérience » comme gage de sécurité. Dans les faits, ces scrutins ont consacré le triomphe des appareils d’État sur le pluralisme.

Un pouvoir sans rival

En Tanzanie, la Commission électorale nationale, entièrement nommée par la présidente, a écarté la principale formation d’opposition, Chadema, dont le leader Tundu Lissu reste détenu pour trahison. Le second grand parti, ACT-Wazalendo, a lui aussi été disqualifié. Le scrutin du 29 octobre s’est déroulé sans réel concurrent : Samia Hassan a été déclarée victorieuse avec 97 % des voix, dans un contexte de très faible participation et de coupures d’Internet signalées par plusieurs ONG.

À Dar es Salaam, des manifestations sporadiques ont éclaté après l’annonce des résultats. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés, tandis que le gouvernement assurait que « la nation a choisi la paix ». Amnesty International évoque au contraire une « victoire obtenue sous la peur ».

L’économie comme alibi

La présidente met en avant ses succès économiques : croissance à 5,8 %, stabilité monétaire, et partenariats étrangers. Un contrat de 1,4 milliard de dollars avec la Chine doit réhabiliter la ligne ferroviaire Tazara reliant la Tanzanie à la Zambie ; un projet gazier offshore de 42 milliards de dollars a également été lancé.
Mais la pauvreté rurale reste endémique et le chômage des jeunes progresse. Pour nombre d’analystes, cette « stabilité » repose sur une immobilité politique et sociale entretenue par la peur.

En Côte d’Ivoire, un quatrième mandat contesté

À Abidjan, Alassane Ouattara, 83 ans, a été réélu pour un quatrième mandat, avec 89.77 % des voix selon la Commission électorale indépendante. L’opposition, affaiblie par l’exclusion de plusieurs candidats majeurs dont Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo, a dénoncé un « hold-up constitutionnel ».
Malgré quelques manifestations, la victoire du président a été entérinée sans surprise. Comme à Dar es Salaam, l’État invoque la stabilité pour justifier le verrouillage du système.

La stabilité comme illusion

Dans les deux pays, la centralisation extrême du pouvoir nourrit une même fragilité : l’absence d’alternance. À court terme, les marchés saluent la continuité ; à long terme, elle prépare des ruptures sociales et générationnelles.
La jeunesse africaine, confrontée au chômage et à des élections verrouillées, se détourne des urnes. Elle voit la stabilité non plus comme une promesse, mais comme un piège.

📌 HALALIS INSIGHT
La stabilité est une bénédiction lorsqu’elle protège la justice ; elle devient un fardeau lorsqu’elle l’étouffe. Dans la perspective islamique, le pouvoir est une amānah : un dépôt, non un droit acquis. Gouverner sans rendre de comptes revient à rompre ce contrat moral entre le dirigeant et son peuple. La croissance ne suffit pas ; sans équité, elle perd son âme.

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