Un accord de défense inédit entre le Pakistan et l’Arabie saoudite fait déjà couler beaucoup d’encre. Le texte prévoit que « toute agression contre l’un des deux pays sera considérée comme une agression contre les deux » — une formulation qui rappelle directement l’article 5 de l’OTAN, principe fondateur de la défense collective en Europe.
Comme le souligne Sky News, cette clause place Riyad et Islamabad dans une logique d’« OTAN islamique », où le cœur spirituel de l’islam (La Mecque et Médine) serait défendu par la seule puissance nucléaire musulmane. Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a d’ailleurs confirmé que la dissuasion nucléaire et les capacités stratégiques d’Islamabad seraient désormais mises à disposition du royaume. Le vice-Premier ministre Ishaq Dar a ajouté que d’autres pays islamiques avaient déjà manifesté leur intérêt pour des accords similaires.
Un partenariat ancien qui s’institutionnalise
Les liens entre Riyad et Islamabad ne datent pas d’hier. Depuis la fin des années 1970 et l’ère de Zia-ul-Haq, les deux pays ont œuvré ensemble pour contrer l’invasion soviétique de l’Afghanistan. L’Arabie saoudite a financé l’effort pakistanais, tandis que Washington saluait cette coopération. Depuis, les difficultés économiques chroniques du Pakistan l’ont régulièrement poussé à solliciter l’aide financière saoudienne, consolidant l’influence de Riyad sur sa politique intérieure et sur l’orientation religieuse du pays.
Pourquoi maintenant ?
Selon Foreign Policy, la décision de signer formellement ce pacte s’explique aussi par les récents bouleversements au Moyen-Orient, notamment la frappe israélienne du 9 septembre visant des dirigeants du Hamas à Doha. Une violation de souveraineté qui a heurté aussi bien Riyad qu’Islamabad, tous deux attachés à la cause palestinienne.
Une alliance militaire élargie
Le pacte ne se limite pas à une déclaration politique. Il prévoit des exercices conjoints, un partage accru de renseignements, ainsi que le transfert de technologies et la coproduction d’équipements militaires. Avec environ 170 ogives nucléaires, le Pakistan devient ainsi le garant potentiel de la sécurité du royaume face à l’Iran — une évolution qui pourrait rebattre les cartes de l’équilibre régional.
Une gifle stratégique pour l’Inde
Mais l’impact le plus direct pourrait se faire sentir en Asie du Sud. Pour l’Inde, ce pacte représente un revers diplomatique et sécuritaire. Comme le rappelle Sumit Ganguly dans Foreign Policy, le Pakistan dispose désormais de trois leviers :
- son alliance militaire traditionnelle avec la Chine,
- un rapprochement ponctuel avec Washington sous Donald Trump,
- et désormais un accord de défense officiel avec Riyad.
Ce triangle stratégique pourrait rendre Islamabad plus audacieux. Le général Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, a récemment multiplié les discours martiaux, insistant sur le rôle de l’arsenal nucléaire et rappelant la « théorie des deux nations » de Mohammed Ali Jinnah, selon laquelle hindous et musulmans sont destinés à rester irréconciliables.
Une stabilité nucléaire fragilisée
Pour Ganguly, ce pacte risque de miner la fragile stabilité nucléaire qui prévaut depuis 1998 entre l’Inde et le Pakistan. L’accord pourrait encourager Islamabad à tester la retenue de New Delhi lors de futures crises, dans une logique décrite par le stratège Thomas Schelling comme le « maniement du risque partagé de guerre », où chaque adversaire pousse l’autre au bord du gouffre en espérant qu’il recule.
Vers un nouvel ordre ?
Comme le résume Sky News, l’accord a le potentiel de « changer le cours du Moyen-Orient » et même de « remodeler l’ordre mondial ». Pour Riyad, il s’agit d’un levier de dissuasion inédit face à Téhéran ; pour Islamabad, d’un coup diplomatique qui le place au centre du monde islamique. Mais comme l’avertit Foreign Policy, derrière l’enthousiasme de cette alliance se cache un risque majeur : celui de déstabiliser durablement l’équilibre nucléaire en Asie du Sud.







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