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La finance repensée pour les musulmans de France

Justice et Responsabilités dans le Mariage Musulman en France

Dans la tradition islamique, les textes du Coran, de la Sunna et le consensus des savants établissent clairement que la charge financière du foyer repose sur l’époux. Dieu dit : « Et c’est au père de pourvoir à la nourriture et à l’habillement [des mères] de façon convenable » [2:233]. Il dit aussi : « Que celui qui est aisé dépense de son aisance, et que celui dont la subsistance est restreinte dépense selon ce qu’Allah lui a donné » [65:7].

Le Prophète ﷺ a confirmé ce principe dans le hadith rapporté par al-Bukhari, lorsque Hind bint ʿUtbah s’est plainte du manque de générosité d’Abu Sufyan : il lui a permis de prendre ce qui suffisait pour elle et ses enfants, « selon l’usage convenable ».

Ibn al-Mundhir conclut de ce corpus : « Tous ceux dont nous rapportons la parole sont unanimes sur l’obligation de la dépense des enfants pauvres par leur père. »

Ainsi, en fiqh, la règle est nette : la femme n’est pas tenue de dépenser pour le ménage, même si elle est riche, sauf si elle le veut librement. La nafqah est un droit de la femme et une obligation pour l’homme.

Le cadre français : une obligation récipue

Le droit français repose sur une logique différente. L’article 214 du Code civil prévoit que, sauf stipulation contraire dans le contrat de mariage, les époux contribuent ensemble aux charges du mariage, chacun à proportion de ses facultés. Cela signifie que l’épouse est, en droit, tout autant tenue que l’époux, et que le juge peut rééquilibrer si l’un a trop payé.

Un exemple récent illustre bien cette différence. Dans un arrêt du 5 février 2025, n ex-mari réclamait une créance de plus de 260 000 euros à son ex-épouse, arguant avoir financé de façon excessive les travaux du logement familial. La Cour de cassation a cassé la décision de la cour d’appel qui lui avait donné raison, en rappelant que les juges doivent apprécier toutes les charges du mariage, pas seulement un poste particulier comme les travaux. Or, dans cette affaire, l’épouse avait assumé l’intégralité des dépenses courantes, ce qui devait aussi entrer en ligne de compte.

Cette jurisprudence montre bien que le droit français fonctionne sur l’idée d’un équilibre global entre les époux, et non sur une obligation unilatérale.

Vivre entre deux systèmes

Pour les musulmans en France, la situation appelle à la nuance. En Islam, c’est le mari qui doit assumer, car la justice (ʿadl) y est comprise comme une répartition des rôles et des responsabilités : à l’homme l’obligation financière, à la femme la liberté d’en être dispensée. Cela n’est pas un déséquilibre, mais une logique de complémentarité voulue par la sharîʿa.

En revanche, en droit français, la justice est pensée comme une réciprocité : chacun contribue aux charges du mariage en proportion de ses revenus, ce qui traduit une vision symétrique du couple. Les deux systèmes cherchent la justice, mais selon des philosophies différentes — l’un par la spécialisation des devoirs, l’autre par la mise en commun des obligations.

Il n’est pas interdit (haram) pour les couples musulmans, bien au contraire, de négocier un accord équilibré qui protège les intérêts de chacun dans le cadre légal français, tant que les deux parties l’acceptent de bon gré. Dans un contexte où il n’existe pas de juridiction islamique parallèle et où les mœurs sont parfois corrompues, s’appuyer sur le droit français pour sécuriser certains aspects matériels du mariage peut être une précaution nécessaire.

Un rappel d’éthique

Ce qui est problématique aujourd’hui, c’est que beaucoup ne se réfèrent aux ḥuquq (droits) islamiques que lorsqu’ils y trouvent leur avantage, au détriment de l’esprit de justice et d’akhlaq (morale). Utiliser la référence religieuse pour masquer des intentions injustes ou pour échapper à ses devoirs est une trahison de l’éthique islamique.

Le musulman doit chercher à incarner la justice, pas seulement à brandir les textes. Entre l’exigence de la loi française et l’esprit de la sharîʿa, il est possible de trouver des arrangements protecteurs, à condition que la sincérité et l’équité guident les deux époux.

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