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La finance repensée pour les musulmans de France

La Chine se met-elle aux cryptos ?

Eric Trump, deuxième fils du président américain, a été surnommé « le diplomate en chef de la nation bitcoin ». En août, il s’est rendu à Hong Kong pour intervenir lors de Bitcoin Asia. En plaisantant sur scène, il demanda à quel prix se négociait le bitcoin — la réponse, 110 143 dollars, s’affichait derrière lui sur un écran géant.

La volatilité du bitcoin explique en partie l’attrait croissant pour les stablecoins : des jetons numériques adossés à une monnaie établie. L’idée est de conserver les avantages des cryptos (rapidité, faible coût, règlement 24/7) sans les montagnes russes des prix. Plus de 99 % des stablecoins (280 milliards de dollars en circulation) sont liés au dollar américain. En juillet, Donald Trump a signé le GENIUS Act, qui ouvre la voie à des stablecoins réglementés en dollars, destinés à séduire institutions et grand public. Objectif affiché : renforcer la domination du billet vert dans la finance numérique. « L’Amérique gagne la révolution digitale », s’est félicité Eric Trump.

La réponse chinoise

La Chine, obsédée depuis longtemps par la réduction de sa dépendance au dollar, observe cela avec nervosité. Au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) début septembre, Pékin et ses partenaires (dont l’Inde et la Russie) se sont engagés à régler davantage de transactions en monnaies locales. Déjà, 30 % du commerce extérieur chinois est réglé en yuan, contre 15 % en 2019.

Selon Reuters, le gouvernement prépare une « feuille de route » pour renforcer l’usage du yuan à l’étranger, incluant potentiellement des stablecoins adossés à la monnaie chinoise. Mais Pékin est coincé :

  • il a interdit le trading de cryptomonnaies en 2021,
  • et il limite strictement les sorties de capitaux, que les stablecoins faciliteraient.

Hong Kong, laboratoire régional

La solution pourrait venir de Hong Kong, où les capitaux circulent librement. La ville veut rester compétitive face à d’autres places financières et a donc encouragé l’innovation en actifs virtuels. Elle abrite un public « crypto-curieux » et une infrastructure juridique prête à évoluer. Même les avocats y utilisent la blockchain pour notifier des décisions de justice.

Le 1er août, une nouvelle législation sur les stablecoins est entrée en vigueur à Hong Kong. Elle impose aux émetteurs un capital minimum (25 millions HKD, soit 3,2 M$), un adossement 100 % en actifs sûrs et liquides, des audits réguliers et le respect des règles KYC/AML. De quoi rendre ces stablecoins plus sûrs, mais moins rentables.

Les régulateurs veulent aussi élargir leur usage au-delà de la spéculation : financement des chaînes d’approvisionnement, paiements transfrontaliers… Des expérimentations ont déjà eu lieu via un « bac à sable », impliquant JD.com et Standard Chartered.

Le dilemme du yuan

En principe, Hong Kong pourrait émettre des stablecoins indexés sur le yuan offshore (CNH). Cela permettrait de tester l’appétit mondial sans exposer directement Pékin. Mais un obstacle demeure : le manque d’actifs liquides libellés en yuan hors de Chine. Le stock à Hong Kong ne dépasse pas 1 000 milliards de yuans, bien inférieur aux 300 000 milliards du marché domestique. Morgan Stanley souligne que l’offre de ces actifs est imprévisible, car la Banque populaire de Chine intervient régulièrement pour ajuster le cours du yuan offshore.

Résultat : les premiers stablecoins agréés à Hong Kong seront sans doute adossés au dollar de Hong Kong, lui-même indexé sur le dollar américain depuis les années 1980. Une ironie géopolitique : si ces stablecoins se développent, ils accroîtront la demande d’actifs en dollars, renforçant encore le rôle du billet vert… et obligeant Hong Kong à acheter un peu plus de dette émise par l’administration Trump.

Source : The Economist, adapté par Halalis

📌 HALALIS INSIGHT :
La stratégie américaine est claire : utiliser les stablecoins pour prolonger la suprématie du dollar dans la finance numérique. La Chine, malgré ses ambitions de dédollarisation, reste coincée par ses propres contrôles et par le manque d’actifs liquides en yuan hors de ses frontières. Hong Kong sert de laboratoire, mais ses stablecoins risquent surtout de renforcer le dollar plutôt que le yuan.

Pour les musulmans, l’enseignement est double :

  1. La bataille des stablecoins est avant tout géopolitique, bien plus qu’innovatrice.
  2. Derrière les promesses de stabilité, les stablecoins reflètent toujours la dépendance à une monnaie de référence — et donc aux intérêts politiques qui la contrôlent.

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