HALALIS

La finance repensée pour les musulmans de France

Les contrats Perpetual Futures en crypto sont-ils halal ?

Les contrats perpétuels, souvent appelés perps, sont des instruments très utilisés dans l’univers crypto. Ils permettent de s’exposer aux variations de prix d’une cryptomonnaie sans jamais acheter ou posséder l’actif sous-jacent. Contrairement aux contrats à terme classiques, ces contrats n’ont pas de date d’échéance. Une position peut rester ouverte tant que le compte du trader dispose d’une marge suffisante.

Même si le vocabulaire peut sembler technique, le fonctionnement réel d’un contrat perpétuel est simple lorsqu’on le ramène à des chiffres concrets.

Lorsqu’un trader ouvre une position perpétuelle, il dépose une somme appelée marge. Cette marge représente l’argent réellement engagé. En choisissant un levier, le trader demande à la plateforme de lui donner une exposition artificielle plus importante que son capital réel. Les profits et les pertes sont alors calculés sur cette exposition totale, et non sur la somme déposée.

Prenons un exemple simple et standardisé.

Un trader dépose 100 dollars comme marge et choisit un levier de 10. La plateforme lui ouvre alors une position équivalente à 1 000 dollars sur le marché. Le trader n’a toujours que 100 dollars réellement engagés, mais la position évolue comme si elle valait 1 000 dollars.

Si le prix de l’actif augmente de 5 %, la valeur de la position passe de 1 000 à 1 050 dollars. Le gain est de 50 dollars, qui vient s’ajouter à la marge initiale. La marge devient alors 150 dollars.

Si le prix baisse de 5 %, la position passe à 950 dollars. La perte est de 50 dollars et la marge restante est de 50 dollars.

Si le prix baisse d’environ 10 %, la perte absorbée correspond à la totalité de la marge déposée. À ce stade, le système ferme automatiquement la position pour éviter un solde négatif. Cette fermeture automatique s’appelle la liquidation. Le trader perd sa marge, mais ne doit rien de plus.

Il est important de noter que la liquidation ne correspond pas à une perte théorique. Elle met fin concrètement à la position, sans décision humaine, uniquement selon des seuils algorithmiques fixés par la plateforme.

Les contrats perpétuels incluent un mécanisme spécifique appelé le taux de financement, ou funding rate. Comme ces contrats n’ont pas de date d’expiration, leur prix pourrait, en théorie, s’éloigner durablement du prix réel de la cryptomonnaie sur le marché au comptant. Le taux de financement existe précisément pour empêcher cet écart.

Le principe est le suivant. Lorsque le prix du contrat perpétuel est supérieur au prix réel du marché, cela signifie qu’il y a un excès de positions à la hausse. Dans ce cas, les traders acheteurs paient périodiquement un montant aux traders vendeurs. Ce paiement incite davantage de traders à ouvrir des positions vendeuses, ce qui ramène le prix du contrat vers le prix réel. À l’inverse, lorsque le prix du contrat est inférieur au prix du marché, ce sont les vendeurs qui paient les acheteurs.

Ces paiements ne sont pas fixes. Ils varient selon la pression du marché et peuvent changer plusieurs fois par jour. Un trader ne peut pas savoir à l’avance s’il paiera ou recevra un financement, ni combien cela représentera.

Par exemple, si le prix réel du Bitcoin est de 100 000 dollars mais que le contrat perpétuel se traite à 100 300 dollars, la plateforme applique un taux de financement positif. Sur une position de 1 000 dollars, un taux de 0,01 % correspond à un paiement de 10 centimes, transféré des acheteurs vers les vendeurs. L’objectif n’est pas de rémunérer un service réel, mais uniquement de rééquilibrer les positions.

C’est ce mécanisme qui permet aux contrats perpétuels de rester proches du prix spot, malgré l’absence totale de livraison, d’échéance ou d’actif échangé.

Du point de vue de la charia, le problème est structurel. Le contrat perpétuel ne correspond ni à une vente, ni à un achat, ni à une location, ni à une participation dans un actif réel. Il ne crée aucun droit de propriété. Le résultat financier dépend exclusivement de la variation d’un prix de marché, avec un schéma où le gain d’une partie correspond nécessairement à la perte de l’autre.

À cela s’ajoute l’incertitude liée aux paiements de financement, dont le sens et le montant ne sont jamais connus à l’avance. Cette incertitude intégrée au contrat, combinée à une logique de pari sur les mouvements de prix, fait entrer les contrats perpétuels dans les catégories du maysir et du gharar excessif en droit islamique.

📌 HALALIS INSIGHT
Selon l’analyse menée par AMANX, les crypto Perpetual Futures ne sont pas conformes aux principes de la finance islamique. Ils ne reposent sur aucune transaction réelle, aucune propriété effective et aucune activité économique sous-jacente. Il s’agit d’une exposition purement synthétique aux variations de prix, renforcée par le levier, la liquidation automatique et des obligations financières incertaines. Malgré leur sophistication technique, ces instruments ne peuvent pas être considérés comme halal pour un investisseur musulman.

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