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Changement climatique et santé des mères en danger

À l’hôpital de Karachi, Sagobai, 20 ans, subit une échographie. Elle est enceinte pour la troisième fois. Elle se sent mieux aujourd’hui, mais raconte que, durant la vague de chaleur qui a frappé la province du Sindh avec des températures atteignant 49°C, elle a souffert de vertiges et de déshydratation. Comme beaucoup d’autres, elle s’inquiète pour sa santé et celle de son bébé.

Son cas n’est pas isolé. Une équipe de chercheurs de l’Université Aga Khan mène la plus vaste étude jamais réalisée sur le lien entre chaleur extrême et grossesses. Plus de 400 femmes participent déjà, et près de 6 000 les rejoindront. Elles sont suivies dès le premier trimestre, soumises à de longs examens, équipées de capteurs enregistrant en continu température et humidité, et certaines fourniront même un échantillon de placenta dans les 30 minutes suivant l’accouchement. Un protocole exigeant, mené dans des zones rurales du Pakistan où l’accès à l’électricité et à Internet est parfois inexistant.

Cette recherche répond à une question cruciale : pourquoi le réchauffement climatique a-t-il un effet si dévastateur sur les femmes enceintes et leurs bébés ? Chaque année, 4,5 millions de mères et d’enfants meurent pendant la grossesse, l’accouchement ou dans les semaines qui suivent. Le climat vient désormais s’ajouter comme facteur aggravant, annulant certains des progrès obtenus ces dernières décennies en matière de santé maternelle et néonatale.

La physiologie de la grossesse rend les femmes particulièrement vulnérables. Le métabolisme s’accélère, produisant plus de chaleur. Le volume sanguin peut augmenter de 50 %, ce qui sollicite fortement le cœur. La déshydratation et la malnutrition surviennent plus rapidement, tandis que le système immunitaire est fragilisé. Les nouveau-nés, eux, peinent à réguler leur température corporelle et à se défendre contre les infections.

Depuis une quinzaine d’années, les études se multiplient. En Californie, une recherche sur 60 000 naissances a montré que les accouchements prématurés augmentaient avec la hausse des températures. Une méta-analyse récente portant sur 198 études dans 66 pays confirme : chaque degré de plus au cours du mois précédant l’accouchement accroît le risque de naissance prématurée de 4 %. Être exposée à une vague de chaleur augmente ce risque de plus d’un quart. Et les naissances prématurées sont responsables de 40 % des décès néonataux dans le monde.

D’autres complications sont liées à la chaleur : fausses couches, diabète gestationnel, pré-éclampsie, faible poids de naissance, voire certaines malformations. Dans les pays pauvres, où les femmes enceintes travaillent souvent aux champs sous un soleil écrasant, les conséquences sont particulièrement graves. En Gambie, une étude a montré qu’un tiers des fœtus observés présentaient des signes de détresse pendant les journées de forte chaleur.

Les chiffres mondiaux sont alarmants. En Chine, les vagues de chaleur ont provoqué en moyenne plus de 13 000 naissances prématurées par an entre 2010 et 2020, dont un quart attribuables au changement climatique. En Inde, environ 47 000 décès néonataux liés à la chaleur ont été enregistrés en deux décennies, et au Nigeria près de 31 700 sur la même période. En Afrique, la mortalité infantile liée aux températures extrêmes pourrait encore doubler d’ici 2049. Même dans les scénarios optimistes de réduction des émissions, les accouchements prématurés et la mortalité infantile continueront d’augmenter.

Ces conséquences ne sont pas seulement humaines : elles coûtent aussi cher aux sociétés. Aux États-Unis, chaque naissance prématurée entraîne en moyenne plus de 60 000 dollars de coûts médicaux et de pertes de productivité sur la vie entière. En Chine, les naissances prématurées liées à la chaleur représentent déjà plus d’un milliard de dollars par an.

Reste une zone d’ombre : les mécanismes précis par lesquels la chaleur agit sur la grossesse. Les chercheurs évoquent des hypothèses – modifications de la circulation sanguine vers le placenta, perturbations hormonales, effets sur l’expression des gènes fœtaux – mais rien n’est encore établi. C’est pourquoi des programmes comme celui de l’Aga Khan University sont cruciaux : ils permettront de cibler les facteurs biologiques les plus sensibles, et peut-être de développer des traitements médicaux adaptés.

En attendant, certaines solutions simples sont testées : installer des toiles d’ombrage sur les toits, peindre les murs en blanc, ou encore fournir des conseils personnalisés via des applications mobiles. Mais ces initiatives restent isolées. Peu de pays intègrent encore la santé maternelle dans leurs plans d’adaptation climatique.

Adapté de The Economist

📌 HALALIS INSIGHT : Dans les sociétés musulmanes comme ailleurs, protéger la mère et l’enfant relève d’une responsabilité collective. La chaleur extrême devient un facteur de risque sanitaire majeur qu’il faut intégrer aux politiques publiques. Des mesures simples – ombrage, accès à l’eau, sensibilisation des familles et du personnel médical – peuvent sauver des vies. Relier la lutte contre le changement climatique à la santé maternelle et néonatale n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

💬 Comprendre à 16 ans
La chaleur extrême met directement en danger les femmes enceintes et leurs bébés. Chaque degré supplémentaire augmente le risque d’accouchement prématuré, et les vagues de chaleur sont responsables de dizaines de milliers de décès néonataux en Inde et au Nigeria, en plus des milliers de naissances prématurées en Chine. Cela montre que le changement climatique n’est pas une menace lointaine : il affecte déjà les vies des plus vulnérables. Protéger les futures mères face aux vagues de chaleur doit devenir une priorité mondiale.

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