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Trump et le pétrole pakistanais : réalité ou illusion ?

Publié par le Financial Times (FT), un article récent a suscité de vifs débats : Donald Trump affirme que le Pakistan disposerait de « vastes réserves de pétrole », une déclaration qui a laissé perplexes les acteurs de l’énergie et les responsables du pays.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain a multiplié les annonces autour de ressources naturelles à exploiter. Après avoir vanté les 500 milliards de dollars de minerais en Ukraine et négocié autour du lithium et du cobalt en République démocratique du Congo, il a cette fois placé Islamabad au centre de son discours énergétique. Mais la réalité du terrain est bien plus complexe.

Le Pakistan importe près de 80 % de son pétrole, et sa production domestique ne dépassait pas 66 000 barils par jour en 2024, moins que le Vietnam ou l’Inde voisine. Pourtant, Trump a même laissé entendre que le Pakistan pourrait un jour exporter du pétrole vers l’Inde. Pour les experts pakistanais, ces déclarations sont « totalement sorties de nulle part ». « Il n’existe pas de champ pétrolier mystérieux capable de produire un milliard de barils », a confié un cadre d’une entreprise publique d’exploration.

Il est vrai que l’US Energy Information Administration (EIA) avait estimé il y a dix ans que le bassin de l’Indus inférieur contenait jusqu’à 9 milliards de barils de pétrole de schiste et 105 000 milliards de pieds cubes de gaz. Mais selon Rystad Energy, ces chiffres ne reposent que sur des données sismiques préliminaires, sans découvertes confirmées. « Ces ressources prospectives sont encore à des années d’une exploitation commerciale », souligne Prateek Pandey, spécialiste énergie pour la région Asie-Pacifique.

Les réserves potentielles posent aussi un problème de sécurité : elles se trouvent en grande partie dans le Baloutchistan et le Khyber Pakhtunkhwa, deux provinces marquées par des insurrections où les intérêts étrangers, notamment chinois, ont déjà été attaqués.

Cette incertitude n’a pas empêché Islamabad de conclure un accord commercial avec Washington. Les droits de douane américains sur les exportations pakistanaises ont été réduits de 10 points, un succès diplomatique pour l’armée et le gouvernement de Shehbaz Sharif. Le deal inclut aussi des « douceurs » liées aux cryptomonnaies et aux minerais stratégiques pour séduire Washington.

Le souvenir d’échecs passés reste vif. En 2019, l’ex-premier ministre Imran Khan annonçait qu’un puits offshore foré par Eni et Exxon pourrait couvrir cinquante ans de besoins en énergie. Quelques heures plus tard, l’équipe de forage confirmait qu’elle n’avait trouvé… que de l’eau. Depuis, la plupart des majors occidentales ont quitté le pays. « Il n’existe aujourd’hui aucun gisement offshore viable », rappelle l’ancien premier ministre Shahid Khaqan Abbasi.

Face à ce contexte, les propos de Trump ont provoqué une vague de moqueries au Pakistan. Sur les réseaux sociaux, des internautes ont partagé des photos de marmites d’huile de friture utilisées pour préparer des samoussas, suggérant que le président américain avait peut-être confondu lipides et hydrocarbures.

Malgré le scepticisme, le ministre pakistanais du pétrole, Ali Pervaiz Malik, espère que l’accord pourra attirer de nouveaux investisseurs étrangers. Un appel d’offres pour une trentaine de blocs onshore et offshore est prévu en octobre, et des discussions exploratoires sont en cours avec des compagnies américaines.

💬 Comprendre à 16 ans
Le Pakistan consomme beaucoup de pétrole mais en produit très peu. Donald Trump a déclaré qu’il y avait « d’immenses réserves » cachées dans le pays, ce qui a surpris tout le monde. En réalité, il existe bien des estimations anciennes qui parlent de pétrole et de gaz de schiste, mais rien n’a encore été découvert ni confirmé. Dans le passé, un forage en mer qui devait « sauver l’économie » n’a donné que de l’eau. C’est pour cela que beaucoup de Pakistanais se sont moqués en disant que Trump avait peut-être confondu l’huile de friture des samoussas avec du pétrole.

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