Avec plus de 280 millions d’habitants, dont près de 87 % sont musulmans, l’Indonésie est le pays musulman le plus peuplé au monde. C’est aussi la plus grande économie d’Asie du Sud-Est, riche en ressources naturelles (nickel, charbon, huile de palme) et longtemps présentée comme un futur géant économique. Pourtant, malgré la flambée des prix de certaines matières premières, l’économie indonésienne peine à se renforcer.
La désindustrialisation et ses effets
Au début des années 2000, l’industrie manufacturière représentait près d’un tiers du PIB indonésien. En 2002, elle pesait 32 %. En 2024, cette part est tombée à 19 %. Derrière cette baisse se cache une série de fermetures d’usines emblématiques : le géant textile Sritex, deux fournisseurs de Nike, Yamaha Music ou encore Sanken. Des dizaines de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi.
Cette tendance vers la « désindustrialisation » inquiète les économistes. Car ce sont les usines, plutôt que les mines, qui avaient permis la création d’une classe moyenne dynamique et de millions d’emplois stables. Aujourd’hui, plus de la moitié des nouveaux emplois créés sont informels, souvent mal payés et sans protection sociale. L’emploi informel est passé de 57 % du total en 2018 à 59 % en 2023.
Un pays tourné vers les matières premières
Depuis le boom des matières premières porté par l’industrialisation chinoise, l’Indonésie a misé sur ses ressources naturelles. Le pays est le premier exportateur mondial de nickel, de charbon et d’huile de palme. En 2020, Jakarta a même interdit l’exportation de nickel brut pour forcer la construction de fonderies locales, dans l’espoir de profiter de la demande mondiale pour les batteries électriques.
Mais ce pari a ses limites. L’effondrement des prix du nickel, conjugué à un excès de capacité et à la montée des batteries au lithium, a déjà entraîné la fermeture de plusieurs fonderies. De plus, les grands projets de ressources sont capitalistiques et créent peu d’emplois comparés aux industries textiles, du meuble ou de la chaussure. Selon l’association patronale Apindo, un investissement d’un trillion de rupiahs (61 millions de dollars) créait 4 000 emplois il y a dix ans ; il n’en crée plus que 1 000 aujourd’hui.
Des chiffres de croissance trompeurs
Officiellement, la croissance indonésienne reste proche de 5 % par an, un niveau stable depuis une décennie. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité plus fragile : la contraction de la classe moyenne, la baisse des ventes de voitures et de motos, une croissance du crédit au plus bas depuis trois ans, et des licenciements massifs.
Le deuxième trimestre 2025 a affiché une croissance de 5,1 %, mais beaucoup d’analystes jugent ce chiffre artificiellement gonflé par des mesures de relance et par un frontloading des exportations avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers américains décidés par le président Donald Trump. L’Indonésie doit désormais faire face à un droit de douane de 19 % sur ses exportations vers les États-Unis, un coup dur pour un pays qui espérait attirer les délocalisations des chaînes de valeur chinoises.
Un retour sur l’histoire économique
L’Indonésie a pourtant déjà connu une phase d’industrialisation spectaculaire. Sous le régime de Suharto (1967–1998), l’industrie a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 10 %. Le pays s’était imposé comme l’un des « miracles asiatiques », réduisant la pauvreté et les inégalités. Mais la crise asiatique de 1997 a stoppé net cette dynamique : fuite des capitaux, effondrement de la monnaie, chute de la croissance. Depuis, le pays ne s’est jamais complètement remis et a choisi de miser sur ses ressources naturelles.
Un climat des affaires peu attractif
À cela s’ajoutent des problèmes structurels : bureaucratie lourde, corruption, manque de clarté réglementaire, coûts logistiques élevés. Pour de nombreux investisseurs, l’Indonésie est devenue une économie « à coûts élevés », moins compétitive que ses voisins comme le Vietnam, la Thaïlande ou la Malaisie, qui attirent désormais davantage de capitaux manufacturiers.
Des tensions sociales en perspective
Avec une classe moyenne qui s’est contractée d’un cinquième en six ans et une consommation des ménages en berne, les entreprises orientées vers le marché intérieur, comme Unilever ou Pizza Hut, constatent déjà une chute de leurs ventes. Les syndicats et les économistes avertissent : si l’industrialisation n’est pas relancée, l’Indonésie risque de sombrer dans une croissance sans emploi, source potentielle d’instabilité sociale.
Le gouvernement de Prabowo Subianto promet 8 % de croissance annuelle, mais la Banque mondiale prévoit à peine 4,7 % pour 2025. Des mesures d’urgence — subventions, baisse des taux directeurs, allègements fiscaux — ont été mises en place, mais elles ne suffisent pas à recréer les millions d’emplois perdus.
💬 COMPRENDRE À 16 ans
L’Indonésie est un géant musulman, riche en ressources naturelles comme le nickel et l’huile de palme. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces matières premières ne suffisent pas à enrichir tout le pays. Pourquoi ? Parce que les mines et les fonderies créent peu d’emplois, alors que les usines de textile ou de chaussures faisaient vivre des millions de familles. Aujourd’hui, beaucoup d’Indonésiens perdent leur travail ou survivent avec de petits boulots précaires. La classe moyenne, qui achetait voitures, motos et biens de consommation, est en train de rétrécir. Résultat : malgré des chiffres officiels de croissance autour de 5 %, le pays souffre en réalité d’un manque d’emplois stables et d’une baisse du pouvoir d’achat. L’Indonésie doit donc trouver un nouvel équilibre entre ses richesses naturelles et la relance d’une industrie capable d’absorber sa population active.







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