HALALIS

La finance repensée pour les musulmans de France

Le prix de l’or : morts oubliées, profits mondiaux

Entre novembre 2024 et janvier 2025, des centaines de mineurs informels — appelés localement zama zamas, « ceux qui tentent leur chance » — ont été piégés dans la mine désaffectée de Buffelsfontein, près de Stilfontein, dans la province du Nord-Ouest en Afrique du Sud. La plupart étaient des migrants sans papiers. Pour les forcer à remonter, la police a mis en place une stratégie brutale : bloquer l’accès à l’eau, à la nourriture et aux puits d’aération. Une opération surnommée « smoke them out ».

Ce siège souterrain a duré des semaines. Certains mineurs sont morts de faim. D’autres ont tenté de s’échapper par des tunnels instables. En janvier 2025, les secours découvrent 246 survivants… et 78 corps en décomposition. Plusieurs autres ne seront jamais retrouvés.

Ce drame n’est pas un cas isolé. C’est l’un des visages sombres d’une nouvelle ruée vers l’or. Partout dans le monde, l’instabilité économique pousse les banques centrales et les investisseurs à acheter de l’or pour se protéger. Résultat : le prix de l’or a triplé en dix ans. En 2015, une once valait 1 000 dollars. Aujourd’hui, elle frôle les 3 500.

Cette flambée encourage l’exploitation illégale. En Amérique du Sud, une grande partie de l’or exporté est d’origine illégale. Au Pérou, dans les montagnes de la région de Pataz, des cartels armés prennent le contrôle des zones minières. Treize gardes d’une mine légale ont été tués. Des fosses communes ont été découvertes. Les revenus générés par l’or surpassent désormais ceux de la cocaïne.

Le gouvernement péruvien a déclaré l’état d’urgence à Pataz et mis en place un registre des mineurs informels. Mais les gangs achètent ou volent les papiers pour masquer leurs opérations. En Afrique du Sud, des ONG accusent les autorités d’avoir laissé mourir les mineurs piégés. Une commission d’enquête a été annoncée, mais aucune date fixée.

Tant que les marchés mondiaux exigeront plus d’or, il y aura des hommes prêts à mourir pour le sortir de la terre.

📌 HALALIS INSIGHT

Pour un investisseur/acheteur musulman, il ne suffit pas que l’or soit un actif tangible ou perçu comme halal par nature. L’origine de cet or compte aussi. Avant d’investir dans une pièce d’or, un bijou ou un ETF adossé à de l’or physique., il est légitime — voire nécessaire — de se poser la question : cet or a-t-il été extrait dans des conditions éthiques ?

Le drame de Buffelsfontein, en Afrique du Sud, n’est pas un cas isolé. Partout dans le monde, la nouvelle ruée vers l’or pousse des milliers de personnes à risquer leur vie, souvent sous le joug de groupes criminels ou dans l’ombre d’États défaillants. En Amérique du Sud, une large part de l’or exporté provient de l’exploitation illégale. Et même dans des pays industrialisés comme l’Australie, des accusations sérieuses visent de grandes entreprises minières. En 2022, un rapport interne de Rio Tinto a révélé des cas de harcèlement sexuel systémique, de racisme et de conditions proches de l’esclavage dans certaines mines, en particulier envers des femmes autochtones.

Dans cette réalité, un investisseur responsable ne peut fermer les yeux. À défaut de pouvoir tout tracer, le minimum est d’interroger les fournisseurs, de privilégier les circuits certifiés éthiques ou recyclés, et d’éviter toute complaisance envers une richesse entachée de souffrances humaines.

💬 Comprendre à 16 ans

En Afrique du Sud, des centaines de mineurs travaillaient illégalement dans une ancienne mine d’or abandonnée. La police a décidé de les forcer à sortir en bloquant l’accès à l’eau, à la nourriture et aux sorties. Certains sont morts de faim. D’autres sont morts en essayant de s’échapper. Quand les secours sont arrivés, plus de 70 corps ont été retrouvés.

Pourquoi risquaient-ils leur vie ? Parce que le prix de l’or a explosé. Aujourd’hui, les gens, les banques, et même les gouvernements achètent de plus en plus d’or. Pourquoi ? Parce que l’or garde sa valeur même quand tout va mal : quand une monnaie perd sa valeur, quand il y a la guerre, ou quand l’économie devient instable. C’est ce qu’on appelle une valeur refuge.

Cela donne envie à beaucoup de personnes pauvres de tenter leur chance, parfois dans des conditions très dangereuses.

Mais derrière chaque bijou ou pièce d’or, il y a parfois des souffrances qu’on préfère ne pas voir.

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