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La finance repensée pour les musulmans de France

Et si l’IA faisait exploser la croissance mondiale ?

Quand les idées font des petits

Historiquement, les économies ont surtout grandi grâce à l’augmentation de la population. Plus de bras, plus de récoltes. Mais cela ne signifiait pas une hausse du niveau de vie. Pire, les famines restaient fréquentes. Thomas Malthus, économiste du XVIIIe siècle, pensait que la croissance démographique finirait toujours par dépasser les capacités de production. Mais ce fut le contraire qui s’est produit : plus de monde, c’était aussi plus d’idées, et ces idées ont permis des gains de productivité, une baisse de la fécondité, et une augmentation durable de la richesse par habitant.

Aujourd’hui, certains pensent que l’AGI pourrait reproduire cette dynamique — mais sans population humaine supplémentaire. Une IA capable de générer des idées, d’innover, de programmer, de faire de la recherche… pourrait libérer une croissance fulgurante, sans contrainte démographique.

De combien la croissance pourrait-elle augmenter ?

La plupart des économistes reconnaissent que l’IA augmentera la productivité, donc la croissance. Mais de combien ? Certains, comme Daron Acemoglu (MIT), restent prudents et estiment que l’IA ne fera progresser le PIB mondial que de 1 à 2 % sur dix ans. Cette estimation repose sur l’idée qu’à peine 5 % des tâches peuvent être automatisées à moindre coût.

Mais d’autres modèles, plus audacieux, prévoient une automatisation de 30 % ou plus des tâches économiques à mesure que l’IA s’améliore. Cela ferait bondir la croissance annuelle au-delà des 20 %. Dans ces scénarios, la seule limite ne serait plus la main-d’œuvre, mais l’accès à l’énergie et aux infrastructures, des choses que l’on peut obtenir par investissement. L’IA serait donc capable d’accumuler du capital plus vite que les humains ne peuvent se reproduire.

Même dans une économie entièrement automatisée, la croissance ne serait pas explosive… à moins que l’IA puisse aussi accélérer le progrès technologique. C’est là le tournant. Si l’AGI est capable de produire des innovations, de nouvelles technologies, et d’améliorer l’IA elle-même, alors la croissance pourrait devenir exponentielle.

Vers une économie pilotée par l’information

Des chercheurs comme Anson Ho (Epoch AI) estiment que les gains initiaux de l’automatisation seront réinjectés dans la recherche en IA et en matériel informatique. Une fois que l’IA peut automatiser un tiers des tâches économiques, la croissance décolle. Et elle continue de croître à mesure que l’AGI améliore sa propre performance. On entre alors dans un monde décrit par William Nordhaus (prix Nobel d’économie) comme « une économie où l’information produit du capital informationnel, qui produit encore plus d’information, à un rythme qui s’accélère chaque année ». Ce phénomène mène à ce qu’on appelle la singularité — un point théorique où la production devient infinie.

Et pour les travailleurs, que se passe-t-il ?

Lors de la première grande révolution de croissance (XIXe siècle), les travailleurs n’en ont pas immédiatement profité. Selon l’historien Greg Clark, un ouvrier anglais en 1800 gagnait autant qu’en 1230. Cette fois, le risque est différent : les travailleurs deviennent carrément superflus.

Le coût d’exploitation d’une AGI fixe un plafond aux salaires. Si l’IA peut faire le travail pour moins cher, pourquoi payer un humain ? Ce plafond baissera au fil du temps, rendant les emplois classiques de moins en moins viables. Dans ce scénario, seuls ceux qui détiennent le capital — machines, infrastructures, actions — tireront leur épingle du jeu.

Certains économistes, comme Tyler Cowen, pensent que la transition sera plus lente que prévu, en raison de contraintes réelles : disponibilité de l’énergie, lenteur réglementaire, limites humaines, inertie institutionnelle… Et même une superintelligence pourrait buter sur un problème : une fois que tout est optimisé, il ne reste plus rien à améliorer. « L’IA peut résoudre les problèmes des pêcheurs, mais elle ne peut pas changer ce qu’il y a dans l’étang », résume Philippe Aghion.

Un avenir d’inégalités ou de services ?

Il est possible que seuls certains humains — les plus talentueux, les mieux formés, les plus proches de la technologie — tirent de grands revenus. Mais la majorité devra se replier sur les secteurs encore peu automatisables : services à la personne, travail manuel, métiers créatifs de proximité. Et même là, les dynamiques économiques ne seront pas simples.

Le phénomène de « la maladie des coûts de Baumol » fera grimper les salaires dans ces secteurs, non pas parce qu’ils deviennent plus productifs, mais parce que la société ne pourra pas se passer d’eux. Les riches, détenteurs de capital ou d’IA, dépenseront beaucoup dans la restauration, les soins, l’éducation personnalisée, les activités sportives… Et ce sont ces services, difficiles à automatiser, qui resteront chers et recherchés.

En revanche, les biens produits par l’IA deviendront presque gratuits : films, musique, logiciels, vêtements, contenus numériques, produits manufacturés. On entrera dans une forme d’abondance sélective, où certaines choses coûteront quasiment zéro, et d’autres (les services humains) seront de plus en plus inaccessibles pour les classes moyennes.

Une nouvelle pression sur les prix des actifs

Si la croissance explose, les taux d’intérêt réels devraient grimper fortement. Pourquoi ? Parce que les gens, anticipant des revenus futurs massifs, auront moins tendance à épargner. Et pour les inciter à le faire malgré tout, les taux devront augmenter. Cela aura un impact direct sur les marchés financiers.

D’un côté, les entreprises qui survivront à l’ère de l’AGI devraient générer des profits bien plus élevés. Mais de l’autre, ces profits futurs seront actualisés à des taux plus élevés. Résultat : les effets sur les valorisations boursières sont incertains.

Certains investisseurs pourraient préférer le cash (s’ils pensent que les taux montent), ou au contraire la terre (si l’AGI a besoin de toujours plus d’espace pour ses centres de données et ses panneaux solaires). Mais attention : si les taux montent à 30 %, peu de gens pourront refinancer leur maison ou leur prêt immobilier.

Les États aussi seront sous pression. La croissance rapide pourrait alléger le poids relatif de la dette, mais la hausse des taux d’intérêt rendrait le service de cette dette beaucoup plus coûteux. Et face à une hausse des inégalités liée à l’AGI, la demande de redistribution risque d’exploser — tout comme les tensions sociales.

Pourtant, les marchés ne semblent pas anticiper ce scénario. Les rendements obligataires ont même baissé après les annonces de nouveaux modèles IA. La thèse californienne de l’explosion imminente n’a pas encore convaincu la planète finance. Mais si ces économistes se trompent, alors le choc pourrait être immense.

📌HALALIS Insight :

Les enfants qui entrent aujourd’hui à l’école seront adultes dans un monde où l’IA sera omniprésente. Dans le meilleur des cas, elle aura libéré l’humanité de tâches pénibles. Dans le pire, elle aura creusé les inégalités entre ceux qui possèdent la technologie et ceux qui n’y ont pas accès. Dans les deux cas, les diplômes classiques ne suffiront plus.

Ce que nous devons leur transmettre, ce sont des compétences que l’IA ne maîtrise pas : adaptabilité, raisonnement complexe, sens humain, créativité, capacité à combiner des savoirs. Il faut aussi leur apprendre à comprendre comment fonctionne l’économie numérique, à investir intelligemment, à repérer les secteurs d’avenir.

Si l’ère de la croissance explosive arrive, il ne s’agira pas seulement de survivre, mais de rester pertinent. C’est le défi éducatif de notre temps.

Cette analyse s’appuie sur les grandes lignes développées par The Economist dans son dossier du 24 juillet 2025, consacré aux impacts potentiels de l’intelligence artificielle sur la croissance mondiale.

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