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La finance repensée pour les musulmans de France

Vers une National Zakat Foundation : enjeux culturels et défis français

L’argent reste un tabou en France — même lorsqu’il s’agit de la zakat.

Une question a récemment été posée par Dr Sohail Hanif : serait-il possible de mettre en place un National Zakat Foundation (NZF) pour les musulmans de France ?
Sur le papier, cela paraît évident. La communauté est nombreuse, les besoins criants, la solidarité urgente.
Mais en pratique, la réalité française est bien plus complexe.

Ce ne serait pas la première fois que les Français se tournent vers le Royaume-Uni pour des réponses. Le Financial Times l’a récemment souligné : face au retrait de l’État et à un déficit croissant, même les grandes institutions françaises viennent chercher à Londres non seulement des donateurs, mais aussi une méthode. Le modèle philanthropique anglo-saxon inspire, car il est assumé, structuré et transparent.

Mais transposer un système n’est pas le faire vivre.

Dans mon expérience, j’ai vu plus de musulmans français venir au Royaume-Uni pour demander la zakat que pour apprendre à la calculer ou à la structurer. Non par manque de foi, mais parce qu’elle reste vécue comme un acte strictement individuel. On donne discrètement. On n’organise pas. En France, l’argent est perçu avec suspicion, même quand il est donné.

Le Financial Times l’a bien illustré : quand les grandes fortunes françaises ont promis plus de 500 millions d’euros pour restaurer Notre-Dame, la polémique a éclaté. On leur a reproché d’avoir trouvé de l’argent pour une cathédrale, mais pas pour leurs salariés. Certains ont même renoncé aux déductions fiscales, juste pour calmer le débat.
Dans cette culture, afficher sa générosité dérange — et cela freine toute tentative de structuration de la zakat.

La zakat, pourtant, est un pilier collectif. Elle n’intervient pas uniquement quand on tend la main. Elle commence dès le calcul, dès l’intention, dès la redistribution pensée. Elle est un système, pas une simple aumône.
Mais cela exige un cadre, une vision, une stratégie commune — autant d’éléments encore fragiles dans le contexte français.

Pourquoi ? Parce que la communauté musulmane en France n’est pas seulement diverse. Elle est traversée par des divisions, des blessures historiques, des méfiances internes et des pressions externes. Toute tentative d’organisation peut être soupçonnée, surveillée, parfois rejetée. Et si elle vient de l’étranger, ou s’inspire d’un modèle perçu comme “anglo-saxon”, les résistances se multiplient.

Ce changement ne viendra pas uniquement par des plateformes ou des chartes. Il exige un nouvel imaginaire collectif — celui où l’argent versé en zakat devient une histoire que l’on raconte, une trajectoire que l’on rend visible.

Prenons un exemple concret. La plateforme Zakat France a été lancée à peu près à la même période que NZF UK. Mais aujourd’hui, allez sur leur site : on n’y trouve ni récit, ni rapport montrant comment la zakat a transformé concrètement la vie de bénéficiaires.
Cela ne signifie pas que les fonds sont mal utilisés — qu’Allah nous préserve d’un tel soupçon. Mais si je devais deviner ? Même publier une seule histoire positive sur une personne aidée dérangerait quelque chose parmi certains d’entre nous.
Ce fond culturel français, qui reste mal à l’aise avec l’argent visible, avec la réussite affichée, même quand elle est au service du bien.

Et c’est exactement cela, le défi : réconcilier visibilité et vertu.

Il ne s’agit pas de dire que c’est impossible. Mais en France, la zakat ne peut pas être un simple projet administratif. Elle devra d’abord être une transformation culturelle. Une réconciliation avec l’idée que l’argent, bien géré, peut être utile ; que la visibilité n’est pas une provocation ; et que la solidarité organisée est une force.

Cela prendra du temps, demandera de la pédagogie, de l’écoute et du tact. Mais si cette révolution douce commence, alors oui, une structure comme NZF pourra voir le jour en France.
Et elle sera enracinée, pas copiée.

Adapté d’un post de Mufti Billal Omarjee

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