Depuis plusieurs décennies, les filles enregistrent de nets progrès dans le domaine scolaire. Dans la majorité des pays développés, elles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons dans la plupart des matières, réussissent davantage à l’université, et sont plus nombreuses à décrocher un diplôme. Pourtant, un domaine leur résiste toujours : les mathématiques.
Ce retard a des conséquences concrètes. Il peut détourner les filles de certaines filières d’excellence – ingénierie, informatique, finance – et limiter leurs perspectives de carrière, donc leurs revenus futurs.
Une étude française récente apporte un éclairage nouveau et inquiétant. Publiée en juin 2025 dans la revue Nature, elle suit les performances de 2,6 millions d’enfants scolarisés dans le primaire, évalués deux fois par an via des tests standardisés. À l’entrée à l’école (vers 6 ans), aucun écart significatif entre filles et garçons n’était visible. Mais après seulement quatre mois, un fossé se creusait déjà. L’année suivante, les garçons étaient deux fois plus nombreux que les filles dans les 5 % de meilleurs résultats en maths.
Ce phénomène est observé dans tous les types d’écoles (publiques et privées) et sur plusieurs années. Il s’amplifie dans les milieux aisés – en particulier dans les familles où les deux parents sont scientifiques.
Selon la chercheuse principale, Pauline Martinot, cette divergence ne s’explique pas par une différence d’aptitude, mais par l’anxiété mathématique. Les mathématiques sont souvent enseignées dans un climat compétitif et sous contrainte de temps, des conditions qui semblent désavantager les filles. D’autres recherches confirment que les femmes obtiennent de moins bons résultats dans ces contextes stressants, même si elles maîtrisent parfaitement les notions.
Les stéréotypes selon lesquels les garçons seraient « naturellement » meilleurs en calcul aggravent encore le problème : ils affectent la perception que les enseignants ont des élèves, mais aussi celle que les filles ont d’elles-mêmes. Dans les familles favorisées, où les parents sont plus présents dans la scolarité de leurs enfants, ces préjugés peuvent être transmis plus activement.
Des pistes existent. En Italie, une expérience menée en 2024 montre qu’un apprentissage basé sur la coopération – des petits groupes qui résolvent ensemble des problèmes mathématiques – réduit l’écart filles-garçons de 40 %, sans nuire aux résultats des garçons. Supprimer les épreuves chronométrées ou compétitives pourrait également améliorer la performance des filles.
L’enjeu dépasse largement la question pédagogique. Il interroge la manière dont les filles sont conditionnées dès le plus jeune âge à douter de leurs capacités dans un domaine crucial pour l’économie moderne. Il souligne aussi l’importance de déconstruire certains réflexes éducatifs, y compris dans les foyers musulmans.

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