« Le luxe n’est plus seulement quelque chose que l’on peut mesurer et toucher. C’est vraiment quelque chose qui est dans l’esprit et dans le cœur des gens, et c’est l’expérience que l’on vit qui devient le vrai luxe. Passer du temps ensemble peut être davantage un luxe que la taille d’une chambre. »
Ces mots de Thomas Koch, alors directeur du Corinthia Hotel de Londres, traduisent bien une évolution dans notre rapport à la valeur. De plus en plus, le luxe ne se résume pas à la matérialité ou au prix, mais se définit par les émotions, les souvenirs et le sens que nous attachons à nos achats.
C’est précisément cette évolution qui éclaire la folie Labubu. Selon le Financial Times, les ventes de Pop Mart, le géant chinois du jouet à l’origine de la petite créature velue, ont plus que triplé au premier semestre pour atteindre 13,9 milliards de RMB (1,93 milliard $). Le bénéfice net a bondi de près de 400 % à 4,6 milliards de RMB, faisant de Pop Mart une entreprise plus valorisée que Hasbro et Mattel réunis. À Hong Kong, son action a grimpé de plus de 600 % en un an, propulsant son PDG Wang Ning parmi les vingt plus grandes fortunes de Chine.
La vague est portée par la popularité mondiale de Labubu, adopté par des célébrités comme Rihanna ou David Beckham. Certaines éditions limitées se revendent à prix d’or : en juin dernier, un Labubu taille humaine s’est adjugé 1,2 million de RMB lors d’une vente aux enchères à Pékin.
Pourquoi un tel engouement ? Beaucoup y voient un effet psychologique lié au contexte économique. En période d’incertitude, les ménages renoncent souvent aux gros achats (immobilier, voiture), mais continuent de rechercher de « petits luxes » accessibles et réconfortants. C’est ce que les économistes appellent « l’effet rouge à lèvres » : se tourner vers des biens plus modestes, mais porteurs de plaisir et d’identité sociale.
📌 HALALIS INSIGHT : D’un point de vue islamique, l’attrait pour Labubu soulève plusieurs questions. En dehors du débat sur la représentation faciale des poupées, certains savants considèrent ce type d’achat comme problématique car l’objet manquerait d’utilité réelle (manfa’a). Dans les règles de la finance islamique, un bien ne peut être échangé que s’il apporte une forme d’utilité. Vendre ou acheter un objet dépourvu de toute utilité est vu comme un gaspillage de richesse et une consommation injuste. C’est pourquoi certains ont jugé illicite l’acquisition d’objets de collection tels que des timbres ou même des voitures anciennes utilisées uniquement comme passe-temps.
Toutefois, la notion d’utilité reste très subjective. Pour beaucoup de collectionneurs, l’utilité n’est pas matérielle mais se trouve dans la joie procurée, dans l’identité culturelle ou dans les souvenirs créés. Cette dimension émotionnelle peut être reconnue comme une utilité en soi. En revanche, ces pratiques deviennent problématiques lorsqu’elles entraînent l’addiction, le gaspillage financier, un impact négatif sur la dîn (par exemple détourner le cœur de l’adoration et de la priorité spirituelle), sur la dunya (affaiblissement des finances personnelles) ou encore sur les relations (conflits familiaux ou isolement social).
En conclusion, ces objets ne sont pas automatiquement illicites, mais leur permissibilité dépend de la manière dont ils sont consommés. La modération reste la voie la plus sûre : se réjouir d’un petit luxe n’est pas interdit, mais l’islam nous rappelle de toujours interroger la véritable valeur de ce que l’on consomme.






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